S’il y a bien deux univers peu compatibles, ce sont le sport automobile et le métier de forestier-sapeur tant leurs calendriers respectifs sont difficilement compatibles. Tandis que le premier se restreint en hiver, le second impose des contraintes sur les congés du 15 juin au 30 septembre. Pourtant Philippe a réussi à faire cohabiter les deux lui qui, dès son plus jeune âge était un passionné d’automobile. Il débute dans la discipline sitôt sorti de l’armée (où il passe son permis) en 1979 au volant d’une Simca 1000 Rallye 2 puis une Escort 2000 RS. Ces deux voitures le suivront jusqu’en fin 1982 sur les épreuves vosgiennes entre courses de côtes (Belleau, Hautes Vosges, Turckheim,….) et rallyes régionaux (Ronde ruppéenne, Ronde Luronne, Rallye des Vosges,….) à raison d’une dizaine d’épreuves par an en groupe B avec de nombreuses victoires de classe et quelques unes de groupe.
Fin 1982, Citroën dévoile sa Visa chrono et Philippe se porte acquéreur d’un modèle de série qui recevra plus tard une évolution en 1440 cm3. Le trophée Citroën richement pourvu attire de nombreux pilotes comme Philippe pour qui le sport automobile doit avoir un impact aussi faible que possible sur le budget familial. Et pour les sponsors, Philippe est plutôt doué. Une station service lui fournit des bons d’essence et des pneumatiques, le magasin BUT lui paye ses engagements, et le garage Anotin d’Epinal lui assure un soutien logistique pour la partie mécanique. Pour le reste, Citroën compétition gâte ses pilotes avec des bonus comme l’huile, les phares additionnels, les combinaisons, et des réductions conséquentes sur les pièces de rechange.
Dans le début des années 80 une bande de copains se retrouvaient régulièrement au départ des épreuves aux volants de différentes Visa tels Christian Anotin, André Becker, ou encore un certain Jean-Claude Schmutz particulièrement redouté pour son coup de volant. Pour autant bien que les batailles soient intenses, Philippe n’a jamais cassé sa voiture. Une seule fois il est sorti de la route à la course de côte de Rupt sur Moselle lors des essais. Une petite altercation avec le pilote le précédent se termine par cette phrase, quand j’arriverai en haut, je serais au cul de ton auto, laissant supposer la supériorité de la Visa et de son pilote sur la R8 Gordini. Pas de chance pour Philippe qui part à l’attaque le couteau entre les dents, il part en tête à queue dans la première épingle et termine sans gravité sur le talus.
Seuls défauts de la Visa chrono selon Philippe, les carburateurs Weber 45 un peu délicats à régler et surtout l’absence de Blaxon sur la caisse d’origine par soucis d’allègement. L’absence de toute protection contre les gravillons nécessitant de fréquentes réparations sur les ailes arrière et les passages de roues avant. En 1986, la règlementation oblige au remplacement des arceaux suite aux accidents de Bertrand Lenoir notamment, et l’avenir professionnel de Philippe semble vouloir se dessiner vers la région PACA. Du coup Philippe qui avait envisagé de courir désormais en course de côte sur une Formule Ford, décide de revendre sa voiture. Une Visa chrono dont la vie sera très vite écourtée par son nouveau propriétaire qui la détruit au premier rallye disputé.
Après son arrivée en PACA, Philippe se remet en quête d’une nouvelle monture. N’ayant pas eu de coup de cœur pour le challenge AX, il se porte acquéreur d’une R5 Alpine groupe 2. Cette voiture sera suivie d’une Clio 16s groupe A, puis d’une Clio Cup. Son histoire avec les courses de côtes et slaloms se poursuit jusqu’en 2018 qui marque son retour de la région PACA vers ses Vosges natales. Il dispute sa dernière course au slalom des lampions à Remiremont avec une licence loisir, avant de raccrocher le casque alors qu’il fête ses 40 années de licence en sport automobile.

