A peine âgé de 18 ans et pourvu d’un permis de conduire, Jean Paul Luc débute en rallye sur une Austin cooper S (1968) puis sur une Opel Kadett (1969) avec laquelle il glane ses premiers lauriers. Néanmoins à l’orée de la saison 1970 le choix d’une nouvelle monture s’impose.
Sur les conseils de Jean Pierre Nicolas, Jean Paul Luc oriente son choix sur une DS21 injection électronique. L’écurie officielle Citroën en effet, qui s’appuie encore sur les valeureuses DS, a des pilotes maisons plutôt âgés et il faut songer à la relève. Il y a donc là une opportunité pour un jeune pilote de briguer un volant d’usine.
Préparée sur les précieux conseils de l’usine, et bien que sérieusement concurrencée par une armada de modèles plus sportifs (Alfa roméo, Opel et autres Ford ou BMW), la DS aux mains de Jean Paul va réussir à remarquablement tirer son épingle du jeu dans des épreuves sur asphalte peu adaptées à son gabarit.
L’année 1971 est marquée par le décès du directeur du service compétition Citroën (René Cotton) et par le départ de Jean Paul pour le service militaire. A son retour en 1972, il tentera une ultime sortie avec la DS somme toute très honorable avant de céder aux charmes d’une belle allemande. Après une belle performance au rallye Mistral (victoire de groupe), la suite sera marquée par deux sorties de route dont la deuxième se traduira par une main écrasée et quatre doigts cassés qui signeront la fin de la saison.
En 1974, Jean Paul Luc rachète une GS d’usine groupe 2 qui a couru au Portugal aux mains de Francisco Romaozinho. Pendant deux années il va courir dans différentes épreuves sur terre principalement, obtenant son meilleur résultat au rallye des 1000 lacs 1974 où il termine premier pilote non scandinave.
En 1976, alors que le service compétition est en veilleuse, Jean Paul Luc se lance dans la préparation d’une CX groupe 2 avec son fidèle mécano Cactus. L’inauguration à l’Acropole montre que la base est bonne puisque lors de son abandon, Jean Paul est pointé en 9ème position du classement général. Preuve en est, les 4ème et 5ème places obtenus respectivement à la ronde de la 1ère terre et au rallye des 1000 pistes.
L’année 1977 commence au Portugal ou Jean Paul peut bénéficier de l’assistance d’usine qui engage Francisco Romaozinho. Il renoncera à la 29ème spéciale la célèbre Arganil réputée pour sa difficulté. A l’Acropole, c’est Citroën grèce qui va lui offrir son soutien logistique et bien leur en prend. A l’issue d’une course parfaitement maîtrisée et juste derrière les écuries d’usine, Jean Paul Luc termine 6ème au classement général et remporte le groupe 2. La presse est élogieuse et comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est Marlène Cotton qui quelques jours plus tard appele Jean Paul Luc pour lui proposer un volant d’usine lors du fameux Londres -Sydney.
Malgré une épreuve amputée des épreuves spéciales australiennes, Citroën remporte la coupe des constructeurs et Jean Paul amène sa pierre à l’édifice en terminant 2ème des CX à la 7ème place. Il enchaine au sein de l’écurie officielle au rallye du Sénégal où les CX trustent les 5 premières places, Jean Paul finissant 3ème.
En 1978, l’année ne sera bonne ni pour l’écurie d’usine (abandon des CX au Portugal et à l’Acropole), ni pour Jean Paul et sa CX personnelle avec des abandons répétés. Seuls le rallye des 1000 lacs où il termine 29ème, et le rallye du Sénégal où il termine de nouveau 3ème, tenteront de sauver une saison plutôt maussade dans l’ensemble.
Coup de tonnerre en 1979 avec l’arrêt du service compétition pour cause de budget. Avec une CX qui affiche sur ses portes -recherche sponsor-, Jean Paul réalise une saison mi-figue mi-raison où il impressionne néanmoins par une deuxième place à rallye Mistral. C’est encore le rallye des 1000 lacs qui lui apportera la plus grande satisfaction avec une 19ème place au général et encore 1er non scandinave et se voit affubler du surnom de Flying Luc.
En 1980 Guy Verrier reprend les rênes du service compétition, et engage deux pilotes officiels pour la saison, Patrick Lapie et Jean Paul Luc. A l’issue d’une saison régulière ponctuée par la victoire absolue au rallye Mistral, Jean Paul Luc termine troisième du championnat de France des rallyes sur terre. Il ressort sa CX pour le rallye des 1000 lacs et doit abandonner à 100 mètre de l’arrivée de la dernière spécial alors qu’il pointe dans les 10 premiers du classement général.
La saison 1981 débute par le Paris-Dakar. Les CX trop lourdes mais surmotorisées auront beaucoup de mal à résister au traitement des pistes mais celle de Jean Paul aura le bon goût de rejoindre le lac rose en tête de la catégorie deux roues motrices.
En 1981, Guy Verrier lance le trophée Visa et les deux pilotes officiels habitués aux lourdes CX devront affronter la meute de pilotes de Visa avec un entrainement pour le moins limité. Il remporte néanmoins pour 6 secondes le terre de Provence avant de terminer 2ème du terre de Biarritz pour trois secondes. A la fin de la saison Jean Paul termine premier des pilotes Citroën et se classant cinquième du championnat de France.
Pour sa dernière course sur Citroën, Jean Paul Luc bénéficie d’un prêt d’une CX pour le rallye des 1000 lacs. Sur une voiture mal préparée il abandonnera dans la 17ème spéciale. Il poursuit néanmoins le rallye en spectateur et au hasard d’une route cueille une autochtone auto-stoppeuse. Elle s’appelle Mina et aujourd’hui encore Mme Luc.

