Retournons sur l’île de beauté pour y rencontrer sûrement le pilote de Visa le plus prolifique, Jean-Paul Bernardini. Deuxième d’une fratrie, dans une famille passionné de sport automobile, Jean-Paul verra d’abord sa passion freinée par son grand frère. En effet leur papa n’a jamais voulu que ses deux fils fassent des rallyes en même temps par peur d’un accident et c’est seulement en 1988, après le décès de son papa que Jean-Paul pourra à son tour se lancer dans le grand bain. Alors qu’il a fait ses débuts comme copilote de son frère Christian, celui-ci lui propose de l’aider à préparer sa voiture s’il accepte de continuer à le co-piloter.
Jean-Paul est un adepte des courses de côte, des efforts courts mais intense, et aussi de l’aspect plus pratique des courses de côte, l’absence de reconnaissances, l’épreuve sur une journée, les coûts restreints. La Corse dans les années 90 est riche de nombreuses épreuves parmi lesquelles Ajaccio-Coti, Bastia-Suerta, Teghime, Occana Tolla, Santa Maria Pogghiu, Corte, Porto-Vecchio, Sartène, Venaco, Propriano, Ucciani, épreuves aujourd’hui toutes disparues. C’est à bord d’une Ford Escort rachetée à Félix Santarelli que Jean Paul fera ses débuts.
à la fin des années 90, Jean-Paul se trouve une nouvelle monture dénichée par hasard dans les petites annonces. Il s’agit d’une Visa chrono dont il va faire une monture hybride très spéciale puisque dotée d’une moteur de Visa Gti, d’abord en version carburateur puis en version injection, plus facile à régler. Lorsqu’il se tourne vers les rallyes Jean-Paul fait appel à des amis pour lui tenir compagnie même si parfois certains peuvent surprendre comme Frédérique Montaggioni qui était systématiquement malade en voiture mais qui passait outre pour assouvir sa passion.
Avec la Visa, Jean-Paul va trouver l’osmose entre le pilote et la voiture. Sa visa était surnommée la visa volante et nombre de ses amis lui prédisait une fin brutale à cette voiture. Il n’en sera rien car elle finira sa vie après la fin de l’homologation en pièces détachées. Selon Jean-Paul sa Visa n’était exploitable qu’à fond, et il fallait rester souder pour exploiter son potentiel. Quand on regarde les résultats obtenus avec le peu de moyens de Jean-Paul, on se doit qu’il aurait fait un bon soudeur. Lui et sa voiture ne vont connaître que très peu d’incidents techniques en dépit d’un entretien parfois un peu léger, pour preuve cette anecdote.
Avant de rendre pour disputer une course de côte, Jean-Paul réalise qu’un petit nid de guêpe s’est accroché à l’arceau. Lorsqu’il arrive au parc fermé, un pilote lui demande comment il fait pour rouler aussi vite avec sa Visa. Jean-Paul lui propose de prendre place à bord pour mieux comprendre et après avoir fermé la porte, tape sur le toit de la Visa ce qui a pour effet d’énerver les guêpes. Le pilote sort en catastrophe de l’habitacle et Jean-Paul lui dit nonchalamment « Tu as compris maintenant pourquoi je suis pressé d’arriver en haut ? »
La disparition progressive des courses de côtes en Corse va conduire Jean-Paul à acheter un karting pur aller courir des épreuves sur le continent. La logistique plus légère permet de limiter les coûts pour assouvir sa passion pour les courses de côte. La Visa restera sa compagne de rallye jusqu’en 2010 qui sonnera la fin de son homologation. Elle sera remplacée par une Renault Clio RS (ex clio cup) qui ne laissera pas à Jean-Paul un aussi bon souvenir que la Visa en raison d’une fiabilité de moins bonne qualité. Après 4 saisons, Jean-Paul finira par se décider à raccrocher les gants après une vingtaine de saisons pleines de bons souvenirs.

